DIMENSION SPIRITUEL

 

LES ORIGINES
On voit déjà dans la Bible, Abraham, le premier des patriarches ( -1950 ) implorer Dieu, dans une prière, en faveur des habitants de Sodome, coupables de transgresser les principes moraux que l’humanité, depuis Noé, avait décidé d’intégrer dans sa conscience et sa conduite. Plus tard, Moïse (-1400)  passe son temps à intercéder auprès du Ciel, pour le peuple hébreu sorti d’Egypte et maintes fois égaré dans sa confiance vis-à-vis d’un Dieu qui venait de le libérer du joug pharaonique. Au temps des Juges ( -1000 ), Hanna, future prophétesse ( la tradition en compte 7 )  mère de Samuel, prophète du livre éponyme, nous donne même le modèle de la prière quand seules ses lèvres murmurent les mots qu’elle adresse à Dieu, dans un élan pathétique inédit, pour mettre fin à sa stérilité.     
 
La dimension collective, et plus ou moins organisée, de la prière se manifestera à l’époque du second Temple ( du 5ème siècle avant notre ère au premier siècle de l’ère vulgaire ). Les habitants de la terre d’Israël qui  se trouvaient éloignés de Jérusalem et les autres juifs dispersés tout autour, se trouvaient dans l’impossibilité de réaliser le pèlerinage tri-annuel de Pessah, Shavouot et Soukkot. Chaque citoyen était invité ( injonction divine ) à  apporter des offrandes, fruits de la terre et à assister aux sacrifices d’animaux organisés dans le parvis du Temple. On sait que le mot Korban ( sacrifice ) se traduit également par rapprochement et proximité; avec l’En-Haut certes mais aussi avec l’Autre, proche ou lointain qu’on retrouvait à ces occasions.
Et dans le traité talmudique Taanit, on rapporte l’inquiétude d’Abraham qui demanda à Dieu :  “Souverain du monde, ces sacrifices suffiront tant que durera le Temple mais lorsqu’il aura disparu que deviendra ma descendance ? Et le Seigneur lui répondit “mon fils, j’ai fait à leur intention l’ordre des sacrifices. Chaque fois qu’ils le liront, ce sera pour moi comme s’ils m’offraient leurs sacrifices et je leur pardonnerai toutes leurs fautes”.
Déjà, la Knesset Haggédola la Grande Assemblée_ l’instance dirigeante de l’Israël d’alors qui était une théocratie_ avait élaboré les textes des deux composantes incontournables de la prière: le Shémah Israël et la Amida. Nous sommes entre le 5ème et le deuxième siècle avant l’ère vulgaire.
Plus tard, le contenu en fut étoffé et structuré par les Maîtres et les Docteurs du Talmud ( du 2ème au 5ème siècle de notre ère ) sous l’impulsion des disciples de Rabbi Yohannan Ben Zakaï.
Ces travaux aboutissent à la production du livre de prières le Siddour ( littéralement l’organisé ), quasi identique à celui que nous avons, aujourd’hui, entre les mains et qui est commun à toutes les synagogues_ de par le monde, hormis quelques modifications marginales propres à telle ou telle communauté d’origine. Le traité Bérakhot du Talmud en donne les grandes lignes qui, plus tard, seront formalisées par Maïmonide ( 11ème siècle ) puis dans le chapitre Or Hahaïm du Shoulhan Aroukh de Joseph Caro ( 16 ème siècle ). Décision ô combien importante, pour sauvegarder l’unité du peuple juif
qui venait de perdre le Temple de Jérusalem, son monument national détruit par les Romains en l’an 70 et qui allait connaître les affres du déracinement et de la dispersion; dangers mortels pour son existence de peuple. Avec l’étude de la Tora et la prière ordonnée à tout juif, l’essence du judaïsme, son identité profonde et donc sa pérennité, étaient ainsi assurées.
“La prière que l’homme entreprend_ parce qu’il le doit et non parce qu’il est poussé par ses sentiments et ses besoins_ constitue l’acceptation du joug du Créateur, le joug de la Tora et des préceptes” dira au XXème siècle, Yéshahyahou Leibovitch. Il ajoute:” la signification de la prière n’est pas une demande pour que Dieu modifie le cours de Son monde pour le bien de celui qui prie, mais elle est l’acte d’attachement à Dieu par le fait de le servir sans lien aucun avec ce qui se produit dans la réalité naturelle”. Approche radicale, semble-t-il, contestée par certains penseurs. Ceux-ci considèrent que la demande, afin que soient agréés certains besoins, est légitime et licite dès lors que ces sollicitations ne peuvent aboutir par l’effort personnel ( demande de guérison, de pluie…..).

Il reste que la prière, halte et pause dans le vacarme aliénant du quotidien, moment soustrait à notre vitalité de fauve, est une obligation rabbinique. En scandant notre journée, elle nous évite de nous retrouver seuls livrés à nous-mêmes, source d’angoisse ou de griserie sur son égo. Elle nous relie, ( religion =ce qui relie)  l’espace de quelques instants au monde de l’Infini et de la Transcendance, à l’Invisible qui nous invite à un dépassement de notre condition. A nous faire prendre conscience de notre précarité (le mot prière vient de la racine latine precare ), de notre finitude.  
Le RITE, c’est à dire l’ensemble cérémonial et gestuel qui accompagne le texte est fondamental. “Complexe et multiforme, il oblige à prendre conscience du fait que tout ce que nous faisons a une valeur, que rien n’est sans importance”.
Pour sa réalisation, le Rite passe par le corps qui peut ainsi devenir un lieu d’exercice vers le divin, une marque emblématique d’alliance. Il habille toute expression religieuse dans la vie du juif.
Faire participer le corps en s’enveloppant du Taleth , en se prosternant, en écartant ses deux mains etc.. confère à nos paroles plus de force et de prégnance à nos invocations ou à nos demandes. On a dit du judaïsme que c’est une orthopraxie ( privilégiant le “faire”, on dit de quelqu’un respectueux des lois religieuses, qu”il pratique”), quand le christianisme serait une orthodoxie exaltant la Parole séparée de l’acte.    
“D’origine communautaire, loi et commandement, le rite, dira Lévinas, n’est pas du tout extérieur à la conscience; il la conditionne, il lui permet de rentrer en elle-même et de se tenir éveillée. Il la conserve
il en prépare la réparation”. Ajoutant:”Aucune puissance intrinsèque n’est accordée au rite mais sans lui, l’âme ne saurait s’élever à Dieu”.
Ecole d’humilité qui rappelle à tout individu sa condition de mortel et  la dimension dérisoire des choses de la vie terrestre.
Dans la partie chantée en choeur, l’homme juif se met à nu et expose ses sentiments surtout dans la cantilation des Psaumes, véritables poèmes qui expriment amour-crainte ou supplication vis-à-vis de son Créateur dans un élan du coeur et de l’âme, qui procure apaisement et réconfort. L’un des plus beau, Ashré Yoshbé Bétékha ( avec en acrostiche l’alphabet hébraïque ) est chanté, deux fois le matin et une fois l’après-midi. Mélodies anciennes ou nouvelles qui puisent de plus en plus dans le répertoire israélien, familier à la plupart.
Rôle fédérateur du chant.
                                                                                             
  L’ORGANISATION
Chaque juif croyant se doit, trois fois par jour, d’arrêter le temps et de se désaliéner de son quotidien, pour consacrer  quelques minutes à ce dialogue singulier avec le Ciel. Individuellement, chez soi ou collectivement, avec 10 personnes adultes au minimum; c’est à dire un groupe de personnes qui ne se  réduise pas à n’être qu’une simple agrégation d’individualités; avec dix, on passe du chiffre au nombre. Dans une synagogue ou un oratoire, on lit ( c’est donc plus qu’une récitation ) le texte invariant du Siddour . La tête sera couverte selon le commandement rabbinique, signe d’humilité, à l’instar des autres religions monothéistes.
 
Chacune des trois phases de la journée aura sa spécificité liturgique et des créneaux horaires longuement débattus puis fixés par nos Maîtres.
_Prière du matin SHAHRIT ( aurore ) instituée par Abraham, selon la Tradition.
    C’est la plus longue des 3 prières quotidiennes. On commence par évoquer le miracle du réveil après le sommeil ( assimilé par nos Sages à 1/60 ème de la mort ), celui de la Création du monde, le récit du sacrifice matinal tel qu’il était pratiqué le matin au Temple de Jérusalem. On s’enveloppe du Taleth en récitant la bénédiction spécifique et on enroule les Téfilines, les phylactères, autour du bras le plus lâche, gauche pour le droitier et droit pour le gaucher. Puis, on entame la prière divisée en 4 parties, la première et la dernière encadrant les parties médianes, les plus importantes, la 2ème et la 3ème qui incluent le Shemah et la Amida: j’y reviendrai plus longuement. Le lundi et le jeudi on procède à la lecture du Sefer Tora, les premiers passages de la Paracha de la semaine, chapitre du Pentateuque, celle-ci étant lue entièrement à la prière du shabbat qui suit, avec un passage des livres des prophètes scripturaires qui constitue la Haftara
 
_L’après-midi c’est MINHA ( l’offrande ) 
Prière plus courte, sans Taleth ni Téfilines, elle comporte le rappel du cérémonial sacrificiel tel qu’il était pratiqué au Beth Hamikdash. suivi de la Amida, coeur et colonne vertébrale de la prière. Pour des raisons pratiques aisément compréhensibles, MINHA se trouve la plupart du temps, juste avant le crépuscule, couplée à Arbit .
 
_Le soir ARBIT ( soir ),  attribuée à Jacob, comporte les deux moments clés de la prière: le Shémah et la  Amida_ précédés d’une demande de dormir en paix et de se réveiller en paix_ dans un contenu beaucoup plus court que Shaharit, la prière du matin.